Ecrit par Benoit Van Dieren



Voici ci-dessous copie d'une lettre que j'ai envoyée il y a quelques mois à un intervenant judiciaire de première ligne dans une situation ou le risque de perte de lien parental est hyper flagrant
: un ado ( 16 ans ) ayant déjà rompu les liens d'une manière catégorique et "définitive" avec son père, le 2° enfant, 12 ans est en train de suivre les traces de son frère en acceptant contraint et forcé de voir son père quelques heures durant les week-end en refusant tout contact avec lui ( parler, manger, dire bonjour, au revoir..etc..).
Cet enfant de 12 ans apparemment bien dans sa peau reste campé dans sa position , certain qu'à la longue son père sera "obligé" de reconnaître que ses efforts pour le récupérer sont inutiles. Les messages explicites et implicites que lui renvoient la société ( en particulier la Justice) est : "à 12 ans, c'est l'enfant qui décide", au besoin, avec l'appui d'un avocat qui donnera toute la légitimité nécessaire à son "opinion".
Le père en question, avant la séparation , entretenait d'excellentes relations avec ses deux enfants. Il est réellement et profondément meurtri par ce rejet qui résulte manifestement de la position que l'aîné a pris lors de la séparation parentale , entraînant dans son sillage la même attitude du second.
Les intervenants en question font leur possible pour débloquer la situation, mais n'y parvenant pas, essayent de persuader le père que son acharnement à vouloir rétablir des liens normaux avec ses fils ne fait que les perturber et que les enfants peuvent très bien évoluer sainement sans la présence de leur père, du moment qu'ils sachent que celui-ci les aime malgré tout...
Voici la copie de la lettre envoyée par moi à l'époque :
Monsieur le Directeur,,
Je suis venu ce matin pour accompagner Monsieur X, qui espérait que je puisse assister à la réunion "familiale" dans votre service.
Vous avez refusé ma présence, qui n'était en effet pas prévue au programme disant que vous n'alliez traiter que des questions strictement juridiques qui ne me concernaient pas en tant que psychologue . Vous avez pu constater que je n'ai pas trop insisté.
J'ai constaté dans la salle d'attente que l'entretien a duré plus d'une heure .
Il s'est certainement dit autre chose que des banalités. Pourquoi refuser la présence de quelqu'un qui peut modestement essayer de stimuler ce qui peut encore rester de sentiment de solidarité parentale qui a nécessairement existé quand ces parents ont décidé de mettre au monde et éduquer ENSEMBLE ces deux enfants ? Essayer de rassurer ce père en lui disant que ses enfants peuvent très bien évoluer sans lui me paraît la fois totalement infondé si l'on a une vision à long terme de l'évolution de l'enfant et d'une cruauté innommable pour ce père déjà désespéré.
Le peu que j'ai vu et entendu cet après midi me conforte à 150% dans ma vision du phénomène de perte du lien parental, véritable fléau de société dont le système judiciaire se rend complice (malgré lui) par son impuissance face à la loi du plus fort ou du meilleur manipulateur, en se réfugiant derrière l'envie ou la non envie de l'enfant ( assisté par un avocat qui plus est ) que l'on confond avec son intérêt supérieur.
Je perçois en vous quelqu'un de très humain et ouvert mais obligé de vous conformer à des règles du jeu qui vous dépassent et qui ne font qu'aggraver le mal-être des enfants qui ont plus besoin de repères clairs de la part des autorités judiciaires plutôt que d'alimenter leur sentiment de toute puissance vis à vis des parents et plus grave encore , de toute puissance vis à vis de la Justice qui se substitue à l'autorité parentale défaillante à cause du conflit parental insoluble.
Quel gâchis pour l'avenir de ces enfants dont vous n'êtes certainement pas personnellement responsable, mais auquel vous participez malgré vous !
J'espère pouvoir un jour m'entretenir avec vous de cette problématique en toute sérénité.
Bien à vous,
Benoît Van Dieren